Le syndrome GAPS, de l’enfant à l’adulte: la conférence du Dr Natasha Campbell-McBride à Ulm
6 novembre 2026
Denise Kruger
En novembre 2016, à Ulm, en Allemagne, la World Foundation for Natural Science réunit son congrès international « New Scientific Outlook ». Le Dr Natasha Campbell-McBride y présente le syndrome entéropsychologique (GAPS). Sa conférence a été filmée en trois parties. Dans la deuxième, longue de 38 minutes, elle passe en revue les troubles qu’elle rattache à l’intestin, de l’enfance à l’âge adulte, puis elle décrit les grandes lignes de son protocole: l’alimentation, quelques compléments et la détoxification. Cette partie est désormais sous-titrée en français. Nous vous en présentons ici les grandes idées, avec ce qu’en disent ses livres.
Dans cette vidéo
- 00:11 Des enfants qui n’entrent dans aucune case
- 03:12 Adolescents, neurotransmetteurs et drogue
- 05:45 Un intestin silencieux
- 08:47 Le syndrome entérophysiologique
- 14:32 Les allergies et les deux bras de l’immunité
- 17:04 La cystite chronique
- 20:09 Les enfants difficiles à table
- 22:22 D’abord l’alimentation
- 27:34 Alléger la charge toxique
- 37:00 Le sol en nous
Des enfants qui n'entrent dans aucune case
La vidéo s’ouvre sur les enfants qui ont des troubles de l’apprentissage. Pour le Dr Natasha Campbell-McBride, la plupart d’entre eux ne reçoivent pas de diagnostic clair: selon elle, environ 85 % de ces enfants ne correspondent à aucune étiquette diagnostique.
Ils ont, dit-elle, un peu d’autisme, un peu de trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), un peu de dyslexie, sans que rien ne corresponde vraiment à une case. Elle voit dans ces étiquettes de simples descriptions, et elle désigne une cause commune:
« Le véritable trouble, c’est le GAPS. »
Selon elle, chaque enfant développe à partir de ce trouble son propre groupe de symptômes. Elle regrette aussi que les médecins temporisent souvent, en demandant de revoir l’enfant six mois plus tard, puis encore six mois plus tard.
Sérotonine, dopamine et joie de vivre
La conférencière s’arrête ensuite sur les adolescents. Elle part d’une conviction qu’elle répète souvent: elle croit que nous, les êtres humains, sommes nés pour être heureux.
Ce bonheur dépend, selon elle, de substances chimiques du cerveau, les neurotransmetteurs. Elle cite la sérotonine, la dopamine, la noradrénaline et les endorphines, et elle précise d’où elles viennent: selon elle, l’intestin produit près de 100 % de la sérotonine et environ 75 % de la dopamine.
Ces chiffres sont les siens, dans cette conférence. Son livre Le syndrome entéroPHYSIOLOGIQUE donne des chiffres plus nuancés: environ 95 % de la sérotonine et environ 50 % de la dopamine.
Quand l’intestin est malade, explique-t-elle, il ne produit pas assez de ces substances. Ces jeunes grandissent alors sans connaître la joie de vivre, et certains découvrent dans la drogue ou les comportements à risque une sensation qu’ils n’avaient jamais eue. C’est ainsi, selon elle, que naît la dépendance. Elle en conclut que, pour aider ces enfants, il faut guérir leur intestin.
Un intestin silencieux peut aussi être en cause
Beaucoup de personnes lui répondent que leur intestin va bien: pas de diarrhée, pas de constipation, pas de douleurs. Pourtant, raconte-t-elle, l’analyse de leur flore intestinale montre souvent qu’elle est anormale. Elle l’explique par la constitution de chacun: si l’appareil digestif est le point fort de notre constitution, il peut, dit-elle, compenser pendant très longtemps.
Pour elle, l’absence de symptômes digestifs ne suffit donc pas à mettre l’intestin hors de cause.
Le syndrome entérophysiologique: le reste du corps
Le Dr Natasha Campbell-McBride a donné deux noms à ce qu’elle observe. Le syndrome entéropsychologique concerne le cerveau et le comportement. Le second, le syndrome entérophysiologique, concerne selon elle tout le reste du corps.
Elle commence par les troubles digestifs eux-mêmes: le syndrome de l’intestin irritable, qu’elle propose de renommer « dysbiose intestinale », puis les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique.
Elle décrit le mécanisme qu’elle suppose. Des toxines produites par une flore anormale se fixent aux protéines de la paroi intestinale et en modifient la forme. Le système immunitaire ne les reconnaît plus: il les prend, explique-t-elle, pour des corps étrangers, comme s’il s’agissait d’un virus.
Il déclenche d’abord une inflammation. Si la situation dure quelques mois, il fabrique des anticorps contre ces protéines modifiées, et une maladie auto-immune s’installe. Elle étend cette idée à toutes les maladies auto-immunes:
« Toute auto-immunité naît dans l’intestin. »
Son livre Le syndrome entéroPSYCHOLOGIQUE développe le même lien entre l’intestin et l’immunité dans le chapitre « Le système immunitaire ».
Les allergies: deux bras du système immunitaire
Pour expliquer les allergies, l’asthme, l’eczéma et le rhume des foins, elle décrit deux bras principaux du système immunitaire, appelés Th1 et Th2. Le premier réagit normalement au pollen, aux aliments, aux animaux ou aux acariens. Or, selon elle, c’est la flore intestinale qui le maintient en forme. Quand elle est abîmée, le second bras tente de compenser, mais avec de mauvais outils, et la personne devient atopique, c’est-à-dire sujette aux allergies.
Son livre décrit le même déséquilibre, avec une image militaire, dans le chapitre « Le système immunitaire »: elle y écrit que l’immunité Th1 et l’immunité Th2 sont indispensables à l’organisme, mais qu’il doit exister un équilibre entre ces deux systèmes.
La cystite chronique et les intolérances alimentaires
La conférencière s’arrête un instant sur la cystite chronique. Une grande partie des toxines quitte le corps par l’urine. Quand cette urine chargée de substances chimiques séjourne dans la vessie, elle en abîme, selon elle, les couches protectrices. L’analyse ne montre pas d’infection, et la personne reste sans explication: c’est, dit-elle, une cystite chimique, il n’y a pas d’infection.
Elle relie aussi les intolérances alimentaires à une paroi intestinale devenue poreuse. Les aliments passent dans le sang avant d’être digérés, le système immunitaire ne les reconnaît pas et les attaque. Cette réaction peut, d’après elle, provoquer des symptômes très variés, de la migraine aux douleurs articulaires.
Les enfants difficiles à table
La plupart des personnes atteintes du syndrome GAPS, enfants comme adultes, ont des problèmes d’alimentation. Pour elle, c’est souvent l’un des premiers signes, car il n’est pas normal qu’un enfant soit difficile à table.
Ces enfants limitent leur alimentation au pain, aux céréales du petit-déjeuner, aux biscuits et aux yaourts sucrés, et refusent les vrais repas. Elle décrit un cercle vicieux: la flore pathogène se nourrit de ces aliments et produit des substances proches des endorphines, qui procurent du plaisir au cerveau. L’enfant en redemande. Sa formule est directe:
« La drogue, c’est le sucre. »
Elle souligne que les parents doivent travailler en équipe pour en sortir, et elle renvoie au chapitre de son livre consacré à l’alimentation de l’enfant.
D'abord l'alimentation
Le traitement qu’elle présente est le protocole nutritionnel GAPS. L’alimentation en est le centre, parce que ce sont, pour elle, des troubles digestifs: notre système digestif est, explique-t-elle, un long tube, et ce dont on remplit ce tube a un effet direct sur son bon fonctionnement.
Elle montre à l’écran les aliments évités, difficiles à digérer, puis les aliments recommandés, ceux qui, selon elle, construisent le corps humain. Elle s’attarde sur trois d’entre eux.
Le bouillon de viande et de poisson, d’abord. Il apporte de la gélatine, du collagène et de la glucosamine, les matériaux dont sont faites les cellules de la paroi intestinale. Ces cellules ne vivent que quelques jours, et l’intestin doit sans cesse en fabriquer de nouvelles. En consommant ces aliments, dit-elle, on se construit une nouvelle paroi intestinale.
Les aliments fermentés, ensuite, que les êtres humains ont toujours mangés et qui, pour elle, ne sont pas facultatifs.
Elle cite la choucroute allemande, de préférence faite à la maison. Autrefois, rappelle-t-elle, il fallait conserver les choux récoltés en septembre pour toute l’année, et on les faisait fermenter. La fermentation prédigère l’aliment et apporte des microbes probiotiques bénéfiques.
Les graisses naturelles, enfin. Elle défend les graisses animales (oie, canard, bœuf, agneau, porc) et présente son livre sur les maladies cardiaques, Vive le cholestérol!, qu’elle a écrit parce que ses patients lui demandaient tous s’ils allaient faire une crise cardiaque avec son régime.
Quant aux compléments alimentaires, elle explique qu’elle en utilise le moins possible, car beaucoup contiennent des ingrédients qui peuvent abîmer la paroi intestinale.
Son livre Le syndrome entéroPSYCHOLOGIQUE détaille ces aliments dans le chapitre « Le régime adapté au syndrome GAP ».
Alléger la charge toxique
La détoxification est le dernier volet qu’elle aborde. Le corps a son propre système de nettoyage, centré sur le foie. Chez les personnes dont la flore intestinale est abîmée, l’intestin est, selon elle, la principale source de toxines, et le régime vise à tarir cette source. Pendant ce temps, il ne sert à rien d’en ajouter d’autres: il faut, dit-elle, réduire la charge toxique générale.
Elle vise en premier les produits chimiques de la maison: produits ménagers, lessives, cosmétiques. Selon elle, la peau absorbe ce qu’on y applique, et ces substances passent dans le sang sans être filtrées par le foie. Elle propose une règle simple:
« Si vous ne pouvez pas le manger, ne le mettez pas sur votre peau. »
Le sol en nous
Le Dr Natasha Campbell-McBride termine par une image qu’elle aime employer. Toute vie sur notre planète, dit-elle, commence par la terre, et la flore intestinale joue ce rôle en nous:
« Notre flore intestinale est la terre en nous, et les racines de votre santé se trouvent dans cette terre. »
Elle évoque enfin son livre de témoignages, Histoires GAPS, qu’elle a publié avec l’autorisation des personnes qui lui avaient écrit, et les praticiens GAPS certifiés qu’elle forme dans le monde entier.
Pour aller plus loin
Sources
- Vidéo d’origine (en anglais): deuxième partie de la conférence du Dr Natasha Campbell-McBride au 21e congrès international « New Scientific Outlook », Ulm, novembre 2016. Créateur d’origine: The World Foundation for Natural Science.
- Traduction et sous-titrage en français: regimeGAPS.fr.
- Natasha Campbell-McBride, Le syndrome entéroPSYCHOLOGIQUE.
- Natasha Campbell-McBride, Le syndrome entéroPHYSIOLOGIQUE.