Cholestérol et longévité: ce que révèle l’étude coréenne sur 12,8 millions d’adultes

22 octobre 2026

Denise Kruger

Couple de randonneurs âgés avec bâtons de marche dans la brume en montagne

Depuis des décennies, on nous répète la même règle: plus le cholestérol est bas, mieux c’est. Une très grande étude coréenne, publiée en 2019, a pourtant posé la question autrement. Les chercheurs n’ont pas regardé seulement les crises cardiaques. Ils ont regardé la mortalité toutes causes confondues, c’est-à-dire la durée de vie. Leur résultat surprend beaucoup de lecteurs, mais il rejoint ce que le Dr Natasha Campbell-McBride explique depuis longtemps dans son livre « Vive le cholestérol! ».

Qu’a mesuré l’étude coréenne sur le cholestérol?

L’étude a été menée par Sang-Wook Yi, Jee-Jeon Yi et Heechoul Ohrr. Elle a paru dans la revue Scientific Reports le 7 février 2019. Elle compte parmi les plus grandes études jamais menées sur ce sujet.

  • 12 815 006 adultes coréens ont passé un bilan de santé entre 2001 et 2004.
  • Ils ont été suivis jusqu’en 2013.
  • 694 423 décès ont été enregistrés pendant ce suivi.

Les chercheurs ont comparé le taux de cholestérol total mesuré au départ avec le risque de mourir, quelle qu’en soit la cause, en tenant compte du sexe et de l’âge.

Quel taux de cholestérol est associé à la vie la plus longue?

Une courbe en U

Le lien entre cholestérol total et mortalité prend la forme d’un U, chez les hommes comme chez les femmes. La mortalité monte quand le cholestérol est très élevé, mais elle monte aussi quand il est bas.

Entre 210 et 249 mg/dL, la mortalité la plus basse

Dans l’ensemble, la mortalité la plus basse se situe entre 210 et 249 mg/dL de cholestérol total. C’est nettement au-dessus du seuil de 200 mg/dL souvent présenté comme la limite à ne pas dépasser.

Les exceptions chez les plus jeunes

Les auteurs signalent quelques exceptions. Chez les hommes de 18 à 34 ans, la zone la plus favorable se situe entre 180 et 219 mg/dL. Chez les femmes, elle se situe entre 160 et 199 mg/dL de 18 à 34 ans, et entre 180 et 219 mg/dL de 35 à 44 ans.

Un cholestérol trop bas est-il un risque?

Selon cette étude, oui, du moins en termes d’association. Sous 200 mg/dL, chaque hausse de 39 mg/dL (1 mmol/L) du cholestérol total est associée à une mortalité plus basse de 23 %. Entre 200 et 449 mg/dL, la même hausse est associée à une mortalité plus haute de 7 %. Autrement dit, le lien inverse observé sous 200 mg/dL est plus fort que le lien positif observé au-dessus.

Le livre « Vive le cholestérol! » allait déjà dans ce sens. Dans le chapitre « L’hypothèse du cholestérol », le Dr Natasha Campbell-McBride rappelle que de faibles taux de cholestérol sont associés à une mortalité plus élevée. Elle écrit aussi qu’à un âge avancé, le cholestérol joue un rôle protecteur: « les gens âgés ayant un taux de cholestérol élevé vivent plus longtemps que les personnes qui ont un faible taux de cholestérol ».

Précision importante: le livre ne cite pas l’étude coréenne. Celle-ci est une donnée plus récente qui va dans le même sens.

Pourquoi le corps a-t-il besoin de cholestérol?

Une pièce de chaque cellule

Presque chacune de nos cellules produit du cholestérol tout au long de la vie. Le cholestérol fait partie des membranes des cellules. Il leur donne leur fermeté et permet aux protéines de ces membranes de remplir leurs fonctions, notamment la communication entre les cellules. Le corps l’utilise aussi pour fabriquer certaines hormones, la vitamine D et la bile.

Le cerveau, grand consommateur de cholestérol

Dans « Vive le cholestérol! », le Dr Natasha Campbell-McBride rappelle que le cerveau est particulièrement riche en cholestérol: environ 25 % de tout le cholestérol du corps est utilisé par le cerveau. La myéline, la gaine qui protège les fibres nerveuses, en est constituée à 20 % en poids sec.

Que ne dit pas cette étude?

Une association, pas une preuve de cause

Il s’agit d’une étude d’observation. Elle montre qu’un niveau de cholestérol est associé à une mortalité plus basse ou plus haute. Elle ne prouve pas, à elle seule, que le cholestérol en est la cause.

Le cholestérol total ne dit pas tout

L’étude porte sur le cholestérol total mesuré une fois, au départ.

Pour aller plus loin

Notre article sur les statines complète cette lecture: Statines, miracle ou mirage?

Pour en savoir plus: Vive le cholestérol!, Dr Natasha Campbell-McBride, chapitre L’hypothèse du cholestérol.

Conclusion: regarder l’ensemble plutôt qu’un seul chiffre

Une étude portant sur près de 13 millions de personnes ne confirme pas la règle du « plus bas, c’est mieux ». La mortalité la plus basse y apparaît entre 210 et 249 mg/dL, et un cholestérol bas y est associé à une mortalité plus haute. Le cholestérol n’est pas un ennemi: c’est une matière dont chaque cellule a besoin. Plutôt que de surveiller un seul chiffre, mieux vaut regarder la santé dans son ensemble.

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